Munnar est une petite ville perchee dans les montagnes du Kerala, principalement connnue pour ses plantations de the. Au passage de la frontiere Tamil Nadu / Kerala en haut d'un col, on peut voir un panneau qui dit "Welcome to Kerala, God's own country" : le pays de Dieu, rien que ca! Ce qui me fait doucement rigoler, c'est que le Kerala est aussi le seul etat dans le monde a avoir elu par les urnes un gouvernement communiste, qui fonctionne depuis les annees 50. C'est la ou il y a le taux d'education le plus eleve du pays, et c'est suppose etre le plus propre aussi. Toutefois je vois des dechets partout dans les rues et au bord des routes, comme dans les autres endroits que j'ai visites en Inde. 

Munnar en soit n'est pas une jolie ville, et n'a pas beaucoup d'attraits touristiquement parlant. C'est la balade dans les alentours qui vaut le coup d'oeil : les plantations de the s'etendent sur les colines en couvertures d'un vert intense, soulignant le relief comme un drap ou parfois comme des lignes topographiques sur une carte I.G.N. A part les bosquets de the, il y a des eucalyptus et d'autres arbres que je suis incapable de reconnaitre. C'est tres tres vert, luxuriant, humide et frais. Ca fait du bien apres la chaleur des plaines. En se baladant a moto on sent l'odeur du the, comme si on plongeait dans une boite de the vert. J'observe les parcelles et j'ai une pensee pour les cueilleurs : les vendanges dans les vignes escarpees du Beaujolais dans mes jeunes annees c'etait de la rigolade! Je vois d'abord des cueilleuses de the qui recoltent les feuilles a l'aide d'une sorte de secateur equipe d'un receptacle/reservoir, qu'elles vident dans une besace accrochee dans leur dos. Et tant pis pour le cliche de la recolte du the a la main! Plus tard j'en verrai qui recoltent en effet le the a la main en arrachant les feuilles, et je verrai aussi des hommes s'atteler a cette tache.

Apres deux jours a Munnar nous allons a Kodaikanal, toujours dans les montagnes, mais cote Tamil Nadu cette fois. Il y a bien une route qui relie les deux, mais pas de bus. Il nous faut redescendre dans la plaine, changer de bus 3 fois, pour remonter dans la montagne, et finalement arriver a la station climatique autrefois prisee des anglais - et desormais prisee des touristes de Mumbai ou de Delhi. Seulement 9 heures de trajet pour y arriver, dont 3 avec une sono a fond les ballons et de la musique pop aussi indigeste qu'un mix de Britney Spears et Jordy a la sauce curry. Je suis morte en arrivant. 

Il ne fait plus frais, il fait carrement froid. On est a plus de 2000 metres et je dors avec trois couvertures, deux paires de chaussettes et autant de t-shirts et sweat-shirts que je peux enfiler. On se les pele mais je ne vais pas me plaindre : j'en revais depuis plusieurs semaines! On peut constater que c'est la saison touristique indienne, et non occidentale, aux produits vendus par les echoppes et les stands de rue : point de fringues new-age, de bijoux hippies et d'artisanat au rabais, mais des polaires aux couleurs criardes, des cache-oreilles, des echarpes et des bonnets en acrylique (que les vendeurs pretendent tout de meme etre en pur cashmire), des porte-clefs nounours ou coeurs ; bref, c'est le royaume du kitsh, du cheap et du plastique. 

Kodaikanal est un peu plus jolie que Munnar, et il y a des balades sympas a faire sans avoir a prendre un vehicule. Les montagnes me rappellent les Alpes d'une certaine maniere. J'ai des envies de randonnees et de via ferrata dans mes montagnes preferees, mais ca devra attendre un peu. Le retour en France n'est pas pour maintenant.