Reprenons à nos moutons, le 21 février à Hampi. Ce matin-là je me réveille incroyablement tôt, moi qui aime tant faire la grasse matinée. Je n'ai vu Hampi au petit matin que le jour de notre arrivée, la gueule enfarinée, et j'aimerais voir ça dans de meilleures conditions. Je me lève vers 7h00, prends mon carnet et pars me balader avec l'idée de faire des croquis à une heure décente. Je grignote un morceau dans un bouiboui au bout de la rue, escomptant prendre un vrai petit déjeuner plus tard avec les garçons ; c'est à ce moment-là que je tombe sur Tom, l'instructeur d'escalade avec qui nous avons grimpé lundi matin, pas encore bien réveillé mais déjà sur son scooter. Il me dit qu'il va ouvrir de nouvelles voies avec des amis, de l'autre côté de la rivière, et me propose d'y aller. Il ne faut pas me le dire deux fois : je retourne à la guest house, change de vêtements, fourre mes chaussures d'escalade dans mon sac et rejoins Tom qui bâille encore. Nous traversons à l'endroit où j'ai observé l'éléphante se baigner la veille, et nous retrouvons les amis de Tom de l'autre côté. Il y a son collègue Jerry, deux autres indiens, un espagnol et un autrichien dont j'ai oublié les noms, qui sont en train de manger leur petit déj sur le trottoir. Nous partons vers le Lotus Mahal, Jerry, son pote indien et moi sur le scotter, les 4 autres entassés dans un rickshaw, les crashpads sur le toit - à l'indienne!

On prend la route des temples que j'ai déjà parcourue plusieurs fois depuis mon arrivée à Hampi, mais cette fois on bifurque sur une piste à travers les bananeraies. De temps en temps on aperçoit un temple perché sur une montagne au loin, ou on passe à côté d'un mini-temple en ruines... On suit un petit canal qui court le long des plantations, bordé de cocotiers et d'énormes rocs, pour s'arrêter à côté d'un ponton ; puis on marche à travers les bananiers pour arriver devant un plateau rocheux où des blocs de granit sont dispersés : c'est là que l'on va grimper toute la matinée. Ce n'est pas mon niveau, les mecs sont des pros, mais la balade vaut le coup : le lieu est grandiose, et c'est toujours un plaisir d'observer de bons grimpeurs en action. J'imagine que c'est la même chose pour les fans de football quand ils voient une bonne équipe jouer?

Tom doit partir vers midi, et il me dépose à l'embarcadère avant de filer à Hospet. Je rentre à la guest house manger et me reposer un peu, j'en profite pour dessiner. J'ai fait connaissance avec les gens de l'Osho ashram le soir de leur arrivée, et l'un d'eux me propose d'aller au réservoir se baigner. Ma foi, c'est pas de refus! On part à 6 en moto et on va se poser sur un rocher "tranquille" : il y a un groupe d'israéliens qui écoutent de la techno à fond et deux indiens postés trois mètres plus loin. Ils sont là pour surveiller la baignade ; c'est-à-dire mater les filles en maillot. Et laissez-moi vous dire qu'ils ne se donnent pas la peine de faire semblant d'être discrets! Je sais que c'est habituel en Inde et que c'est le prix à payer pour se baigner... mais là j'avoue je trouve ça malsain. Que faire? Les ignorer et se mettre en bikini? Ne pas leur donner satisfaction et rester habillée? Des copines en Europe se sont étonnées en me disant qu'une fille en t-shirt mouillé était beaucoup plus sexy qu'en bikini. Ben en Inde c'est l'inverse. Il faut dire aussi que les femmes, quand elles se baignent publiquement dans les fleuves, la mer ou les piscines, sont toujours habillées. Elles gardent même leurs affaires pour faire leur toilette. On peut alors imaginer qu'un tissu collé au corps par l'eau n'ait pas le même potentiel érotique qu'en Europe... Ajoutons qu'en sus, la peau blanche est un must de beauté : on trouve partout des crèmes et des savons censés éclaircir la peau. Imaginez donc l'effet de ces corps blancs quasi nus offerts aux regards de n'importe qui... en fait non, je préfère pas imaginer! (eeeek!) Je garde mon t-shirt - j'en ai prévu un de rechange - mais j'enlève quand même mon pantalon : tant pis, un indien frustré et libidineux fantasmera sur mes fesses ce soir - et celles de mes compagnes de baignade qui ont enlevé leurs t-shirts. Quand les israéliens s'en vont, nous faisons silence complet : il n'y a que le bruit du vent et des oiseaux. quel bohneur - et quel luxe! Nous rentrons vers 17h30 avec l'idée d'aller voir le coucher de soleil - mais le temps qu'on boive un chaï il est trop tard.